23 février 2022
Articles, Nanomatériaux, Biocides

L’usage des masques au graphène déconseillé par l’ANSES.

L’ANSES déconseille la mise sur le marché ou la mise à disposition de masques enrichis au graphène. En effet, leur rapport bénéfice-risque demeure incertain au vu des connaissances scientifiques actuelles.  De plus, ces produits, considérés comme des biocides, doivent respecter la réglementation en vigueur.   

I. Les sous familles des graphènes

Le terme graphène désigne un nanomatériau dérivé du graphite. C’est une molécule présentant une couche d’atomes de carbone arrangés dans un motif hexagonal. Au moins une des dimensions externes de ses particules primaires est de l’ordre du nanomètre. Dans la recommandation émise par La Commission Européenne en 2011, il est mentionné que les graphènes, qui comportent une ou plusieurs dimensions externes de 1 nm, doivent être considérés comme des nanomatériaux. Dans le cas du graphène, son épaisseur est de l’ordre de 0,34 nm par couche de carbone.

Dans le langage commun, on entend souvent par « graphène » un des matériaux type graphène tels que l’oxyde de graphène, ou les nano plaques de graphènes. Bien qu’appartenant à la même famille, ces nanomatériaux peuvent varier fortement par leur oxydation, leur taille ou leur épaisseur. Ainsi, les propriétés industrielles ainsi que les potentiels impacts (éco)toxicologiques de ces sous-familles de graphènes sont parfois différents.

II. Les masques : armes nécessaires contre la COVID-19

 À la suite de la pandémie liée à la COVID-19, le port du masque est devenu obligatoire dans un grand nombre d’établissements et de lieux publics en France ainsi que dans de nombreux autres pays. Divers types de masques peuvent être mis à disposition pour différents usages, comme décrit dans cet article datant d'avril 2021.

III. Les masques au graphène ; un rapport bénéfice risque jugé incertain par l’ANSES 

Dans ce contexte sanitaire, fournir la population en masque filtrant le virus s’est avéré un enjeu majeur de santé publique. Ainsi, certains fabricants ont souhaité proposer des masques enrichis en graphène: ce matériau étant réputé biocide et surtout virucide, il a semblé apporter des propriétés intéressantes aux masques.

Cependant, Santé Publique France a émis une alerte en mai 2021 concernant ces masques et leur sécurité d’utilisation : même si leur potentiel d’exposition au graphène par inhalation paraissait faible, l’incertitude concernant les risques toxicologiques de ces nanomatériaux a conduit à déconseiller l’utilisation de ces masques par principe de précaution.

Cette recommandation a été précisée en décembre 2021 par l’ANSES qui a recommandé de privilégier la mise sur le marché ou la mise à disposition de masques sans graphène. Cette décision a été motivée par un rapport bénéfice-risque considéré comme défavorable considérant les données actuelles :

  • Un risque difficile à évaluer : Il est impossible d’évaluer le risque pour la santé liée à l’exposition au graphène, en raison du manque d’information sur le graphène utilisé par les fabricants et sur la toxicité de cette substance, en particulier à long terme.
  • Un bénéfice incertain : Les objectifs visés par les fabricants du fait de l’ajout de graphène dans les masques ne sont ni exprimés ni démontrés. En effet, l’introduction du graphène dans les masques ne semble pas permettre de garantir l’efficacité d’une activité virucide.

IV. Les masques aux graphènes : des biocides comme les autres ?

En alléguant des propriétés virucides ou antibactérienes à leurs masques, les fabricants font ainsi tomber leur article dans le champ des biocides. La définition d'un biocide est donnée dans l'article 3 du Règlement des produits biocides (RPB) :

Toute substance ou tout mélange, sous la forme dans lequel il est livré à l'utilisateur, constitué d'une ou de plusieurs substances actives, qui est destiné à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles, à prévenir l'action ou à les combattre de toute autre manière par une action autre qu'une simple action physique ou mécanique 

Un article traité ayant une fonction principalement biocide est considéré comme un produit biocide.

 

Il n’existe aucune donnée scientifique permettant de démontrer que l’action virucide relève d’une  simple action mécanique ou physique  comme décrit dans le paragraphe ci-dessus, ce qui pourrait exclure les masques du champ des biocides. De plus, le graphène n’est à ce jour ni approuvé, ni à l’examen pour être intégré à un type de produits biocides. Ainsi, conformément à l’article 89.2 du RPB, le graphène ne peut être intégré à aucun type de produit biocide à ce jour.

Ces considérations ont ainsi amené à une recommandation de non-utilisation de masques traités au graphène.

 

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